Fibre optique pour les entreprises : vers un nouveau monopole

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En juin, l’ARCEP* a publié un “document d’orientations” pour la fibre optique pour les entreprises.
Le président de l’opérateur CELESTE, Nicolas Aubé, conteste les analyses développées dans ce rapport et alerte sur les impacts des préconisations stratégiques en termes de développement économique.


ARCEP : un réseau mutualisé de fibre optique pour tous ?

Il existe deux types de réseaux en France à ce jour

  • le réseau de fibre dédié destiné aux entreprises : chaque entreprise est équipée d’un câble dédié pour chaque opérateur – en vigueur depuis 2001
  • le réseau de fibre mutualisé destiné aux immeubles résidentiels : un seul opérateur déploie la boucle locale, l’opérateur d’immeuble, et les autres opérateurs utilisent ce réseau – en vigueur depuis 2011.

Dans son rapport, l’Arcep souhaite « faire émerger une architecture universelle des réseaux en fibre optique pour tirer profit des synergies possibles avec les déploiements résidentiels ». En clair, faire des réseaux dits mutualisés (FTTH donc pour les immeubles résidentiels) la « future infrastructure fixe universelle ».

Les réseaux mutualisés desservent les zones résidentielles pour les particuliers et les immeubles mixtes avec des professions libérales ou TPE. Les entreprises (PME, collectivités, ETI) sont quant à elles équipées avec les solutions de boucle locale optique dédiée. Est-ce vraiment stratégique de préconiser un réseau unique de fibre comme pour le réseau électrique, d’eau ou de gaz ?

La fibre mutualisée contre « l’accélération de la numérisation des entreprises françaises »

Suite à la libéralisation du marché des télécommunications, de nombreux opérateurs ont déployé sur une grande partie du territoire leurs réseaux dédiés : Orange, les collectivités via des réseaux d’initiative publique, et des opérateurs privés comme Completel, Colt ou CELESTE.
D’ailleurs, depuis 2010, ce type de déploiement a été accéléré grâce aux  offres de partage d’infrastructure mises en place par l’ARCEP elle-même.

L’analyse menée par CELESTE démontre que le nombre de communes couvertes en fibre dédiée est 10 fois supérieur aux communes couvertes en fibre mutualisée.

La fibre mutualisée est donc très en retard sur la fibre dédiée pour le marché des entreprises. La fibre mutualisée ne permettra pas « d’accélérer la numérisation des entreprises françaises ».

La fibre mutualisée : la fin des investissements, notamment dans les zones rurales

D’aucuns contesteront cette position pour l’équipement des zones rurales, sans offre. Or pour celles qui ont une offre complète, effective, dès maintenant sur tout leur territoire, c’est bien la fibre dédiée qui a été choisie (ex : le Limousin, la Loire, …).

Le retard ne sera pas comblé par les réseaux mutualisés pour différentes raisons

  • Partout où la fibre mutualisée a été déployée, il y avait déjà un ou plusieurs réseaux de fibre dédiée et non sur des territoires « vierges ».C’est la fibre dédiée qui a amorcé la couverture du territoire en fibre optique.
  • Le déploiement de la fibre dédiée est effectué à la demande des clients à partir d’une ossature principale. Les opérateurs n’ont pas besoin d’investir sur des centaines de milliers de lignes d’un coup, ils peuvent investir au fur et à mesure des besoins. Pour équiper des entreprises en zones rurales, un déploiement en fibre dédiée est donc moins coûteux.

Forcer les acteurs économiques à utiliser la fibre mutualisée et arrêter les investissements dans la fibre dédiée serait contre-productif. Cela mettrait un coup d’arrêt à la dynamique présente depuis 16 ans, et qui allie opérateurs privés ou publics. Ce serait retarder la possibilité pour les communes rurales d’accéder à une offre pour les entreprises.

Fibre mutualisée : des offres inadéquates aux besoins des entreprises

Depuis 2010, l’ARCEP a défini un cadre de référence pour des déploiements massifs de la fibre mutualisée. Ce cadre est très utile pour favoriser l’accès à la fibre à la majorité de la population d’ici quelques années.

Pour les entreprises de moins de 10 personnes, les offres « pro », type ADSL ou FTTH, très proches de celles des particuliers sont adaptées. En revanche, les besoins des entreprises au-delà de 10 postes sont différents :

  • Rétablissement en moins de 4 heures, éventuellement en 24/7
  • Débits sur plusieurs fibres supérieurs à 1Gb/s (alors que hors des zones très denses, la fibre mutualisée est déployée avec 1 seule fibre par local)
  • « Qualité » de la fibre en termes d’affaiblissement ou type de connecteurs
  • Utilisation des technologies Fibre Channel  et non exclusivement Ethernet
  • Equipement de tiroir optique dans leur baie, et non d’un boîtier mural
  • Sécurisation par doubles parcours optiques
  • Interconnexion en fibre point à point entre leur salle informatique et les équipements de l’opérateur
  • Refus de mutualisation des équipements ou des infrastructures avec d’autres sociétés
  • Gestion multi-opérateurs sur plusieurs réseaux disjoints
  • Migration d’un opérateur à un autre sans coupure.

Ces éléments représentent les besoins modernes des PME.

Tous ces besoins ne sont pas et ne seront jamais compatibles avec la fibre mutualisée.

Par ailleurs, ces besoins, ce sont précisément les leviers pour faire adopter le numérique pour les entreprises. Les entreprises demandent à la fibre optique plus de fonctionnalités, de qualité de service et de sécurité, que sur le cuivre.

La fibre mutualisée : le gel de la concurrence et de la baisse des tarifs

La position de l’ARCEP est de dénoncer des tarifs fibre entreprise trop élevés avec des exemples d’abonnement mensuel à plusieurs milliers d’euros.

Or, d’après le catalogue de CELESTE et de nos concurrents, le tarif entrée de gamme pour des offres en fibre dédiée, de 10Mb/s garantis et symétriques, avec GTR de 4h, est plutôt de l’ordre de 400 €/mois. La facture d’électricité est souvent bien plus élevée.

De plus, ces prix ont baissé de manière significative depuis 10 ans et ce, grâce à la concurrence entre les différents opérateurs de réseaux dédiés. Les clients ont le choix entre plusieurs réseaux opérateurs et plusieurs offres de service, ils peuvent choisir et pousser les opérateurs à évoluer. On imagine mal une baisse des tarifs avec un seul réseau mutualisé.

CELESTE constate une très forte demande de raccordement des entreprises, d’établissements publics ou collectivités. Dans 5 ans, la majorité des entreprises sera équipée en fibre optique. L’enjeu ne sera plus le tarif mais les services associés. Les opérateurs se différencieront par le fait qu’ils disposent de leurs réseaux pour maîtriser leur qualité de service et leurs offres.

Un réseau unique serait contraire aux intérêts des entreprises

Lors de la création de CELESTE en 2001, il y avait un seul réseau mutualisé, en cuivre, pour les entreprises. Celles-ci n’étaient pas satisfaites de ce réseau.

  • Le débit était limité,
  • L’architecture du réseau était centrée sur les centraux téléphoniques, donc les entreprises, massivement en zones d’activité, en périphérie des villes, avaient un service dégradé,
  • Les entreprises étaient dépendantes du seul opérateur d’infrastructure pour l’architecture de leur réseau, son déploiement et sa maintenance.

L’arrivée des boucles locales optiques dédiées a donné une bouffée d’oxygène aux entreprises. Elle a permis l’émergence de nouveaux opérateurs, de nouveaux services, et d’entreprises du numérique.

Dans un entretien à la presse, le président de l’ARCEP Sébastien Soriano a qualifié “d’artisanat de luxe” les déploiements des opérateurs sur les réseaux dédiés. Ils représentent pourtant aujourd’hui 90 000 connexions, soit une couverture de 25% des entreprises. Ce n’est pas un artisanat, mais une industrie en forte croissance.

Nous ne comprenons pas cette volonté de revenir à un monopole avec la fibre mutualisée. En voulant détourner l’usage de la fibre mutualisée pour tenter de couvrir partiellement des usages d’entreprises, l’ARCEP risque de freiner le développement des réseaux de fibre pour les entreprises.

Nicolas Aubé, président fondateur de CELESTE.

*ARCEP : Autorité de Régulation des Communications Electroniques et des Postes

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